Et me voilà replongé dans ce brouillard familier, cette douce pénombre aux griffes acérées, cette épitaphe dont l'intitulé s'inscrit inlassablement de la même manière... J'aime cette épine dans mon coeur, je l'aime autant qu'elle me torture, me "désâme", me consume... Il est des instants qui n'appartiennent décidément plus à l'espace-temps, ces moments où Chronos lui-même s'incline pour permettre à la flamme de mieux nous brûler... Cette douleur... Cette part de moi, cette Ombre...Sera-t-elle mon Avenir ou le couperet assassinant ce dernier?Mon état actuel relevant de la catatonie sensorielle des plus totales, je réitérais sur internet une question qui me traversa l'esprit quelques années plus tôt : comment se suicider efficacement? Ou plus exactement, quelle était la méthode qui présentait le moins de risque d'échec? Le résultat m'affligea. Aux personnes en détresse possédant la même interrogation que moi, tous s'évertuaient à répondre par des tentatives de dissuasion, toutes plus démagogiques les unes que les autres. Ma question est donc la suivante : y'a-t-il encore une place dans ce monde pour les gens qui prennent la décision de ne plus vivre? De quel droit qualifierait-on cela de lâcheté, de fuite insensée? A-t-on idée du gigantesque courage de cet acte? Qui sont ces gens pour prétendre pouvoir se mettre dans l'esprit d'autrui? Venir au monde ne relevant pas du choix, en quoi serait-il illégitime de vouloir choisir l'heure et la manière de tirer le rideau sur sa vie? Evidemment que je comprends la douleur des proches du suicidé, mais qui dit que ce dernier, s'il n'avait commis l'irréparable, ne serait pas mort le lendemain écrasé par un chauffard? Puisque la finalité est la même pour tous, à quoi bon ce désir humain mais pourtant si absurde de vouloir gagner du temps sur quelque chose que l'on sait pertinemment ne pas pouvoir vaincre? De quel droit interdirait-on le droit le plus fondamental que l'on puisse avoir, la liberté individuelle la plus démesurée qui nous soit donnée, couper le fil, quitter ce monde qui n'est pas fait pour nous? Qui peut savoir, s'il ne ressent pas cette détresse, la libération que représente l'idée de ne plus avoir aussi mal? Ceux-là ont-ils la moindre idée de l'insupportable torture que cela représente, cet insupportable mal que l'on sait incurable? L'idée d'impermanence, de temps compté, de mort, m'est insoutenable. Mais si cela doit être une alternative à ce qui me ronge, je sais maintenant que je n'hésiterai plus. Lorsque je n'aurai plus rien à vivre qui ne me fasse pas mal, lorsque, debout sur un point de non-retour, nulle échappatoire ne se profilera à l'horizon, je saurai quelle porte emprunter. Et peu importe si cette dernière se referme à jamais derrière moi.